
Gilles Favard n’a jamais été footballeur professionnel, et c’est précisément ce qui rend son parcours dans le milieu du football français atypique. Dès ses débuts dans le commerce sportif à la fin des années 70, il a construit un réseau d’influence qui l’a propulsé dans les coulisses des plus grands clubs, avant de devenir l’un des consultants les plus polarisants de la télévision française.
Droits textiles et marketing sportif : la porte d’entrée méconnue de Favard dans le football
Favard a démarré à dix-huit ans dans les magasins de sport. Sa trajectoire bascule lorsqu’il obtient, comme il l’a lui-même raconté, les droits textiles de l’AS Saint-Etienne et de la Coupe du Monde 1978, une première en France à l’époque. Ce positionnement commercial lui ouvre l’accès à l’une des plus grosses agences de marketing sportif des années 80.
A lire également : Sunetra Sastry : parcours et vie de l'ex-épouse de Rowan Atkinson
Cette proximité avec le business du football, et non avec le terrain, constitue le socle de toute la carrière de Favard. Il revend ses magasins pour se consacrer aux droits et au conseil. Le passage du commerce au pouvoir décisionnel dans les clubs s’opère par la relation avec Claude Bez, président des Girondins de Bordeaux, dont Favard devient conseiller.
Pour mieux comprendre le parcours de Gilles Favard joueur au sens large, il faut saisir que son influence s’est toujours exercée en coulisses, jamais sur le rectangle vert. Ce profil de conseiller-homme d’affaires, rare dans les médias sportifs français, explique autant ses réseaux que les controverses qui l’accompagnent.
A lire en complément : Pourquoi le salaire du PDG de la SNCF suscite autant de questions et de polémiques

Gilles Favard au FC Nantes : le rôle de bras droit de Waldemar Kita
L’épisode nantais reste le plus révélateur de la méthode Favard. Recruté comme bras droit de Waldemar Kita, il occupe un poste hybride, à mi-chemin entre conseiller sportif et intermédiaire de mercato. Son départ du club a donné lieu à un règlement de comptes public, Favard n’hésitant pas à critiquer ouvertement la gestion du club après son éviction.
Ce passage au FC Nantes illustre un schéma récurrent :
- Une entrée dans le club par la relation personnelle avec le président, sans titre officiel clairement défini dans l’organigramme sportif
- Un rôle d’intermédiaire lors de transferts, comme celui documenté autour de Randal Kolo Muani, où des représentants du joueur auraient fait appel à Favard pour débloquer la situation
- Une sortie conflictuelle suivie de prises de parole médiatiques où Favard expose les dysfonctionnements internes du club
Son statut de « conseiller sportif » autoproclamé a été directement remis en cause par Romain Molina, qui a qualifié ses méthodes d’exercice illégal de la profession d’agent. Cette accusation, relayée largement sur les réseaux, a contribué à ternir son image au-delà du cercle des supporters nantais.
Eviction de La Chaîne L’Equipe : ce que Favard a révélé sur les coulisses
Après huit saisons comme chroniqueur régulier de L’Equipe du Soir, Favard voit son contrat non renouvelé en juin 2022. La décision vient de Laurent Prud’homme, directeur général du groupe L’Equipe, et de Jérôme Saporito, directeur de la chaîne. Favard lui-même résume la situation sans détour : « Je dérangeais, je faisais peur. »
Son style reposait sur la divulgation d’informations mercato en direct, parfois avant les annonces officielles des clubs. Cette habitude, qui faisait sa valeur d’antenne, a fini par poser problème. Selon ses propres mots : « Quand je sais quelque chose, il faut que je le dise. Ça ne plaisait plus à certaines personnes. »
L’éviction a aussi cristallisé un conflit personnel avec Yoann Riou, autre figure de la chaîne, que Favard a publiquement qualifié de « sale mec ». Ce type de déclaration, loin d’être anecdotique, reflète une gestion des conflits par la confrontation publique qui a caractérisé l’ensemble de sa carrière médiatique.
La piste TPMP et Cyril Hanouna
Après son départ de La Chaîne L’Equipe, Favard évoque publiquement une possible arrivée dans Touche pas à mon poste, l’émission de Cyril Hanouna sur C8. Le profil colle : personnage clivant, habitué aux clashs, capable de générer du buzz. La transition n’a pas abouti de manière pérenne, mais elle signale la volonté de Favard de rester dans le paysage audiovisuel coûte que coûte.

Réseaux sociaux et repositionnement numérique de Gilles Favard
Depuis 2021-2022, Favard investit de plus en plus les formats numériques. Lives sur les réseaux sociaux, apparitions dans des émissions web, interventions sur des chaînes YouTube comme « Dans Le Carré » (consacrée au poker) : il utilise ces canaux comme un contre-pouvoir face aux médias traditionnels qui lui ferment leurs portes.
Ce repositionnement lui permet de répondre directement aux critiques, de contester les accusations portées contre lui et d’entretenir son image de personnage assumé comme « clivant ». Ses prises de position récentes, notamment la défense de techniciens contestés comme Habib Beye, nuancent le portrait uniquement conflictuel que dressent les articles de presse classiques.
La stratégie est cohérente avec le personnage :
- Contourner les gatekeepers des chaînes de télévision en s’adressant directement aux supporters sur Facebook, Instagram et TikTok
- Maintenir une présence dans les débats football en commentant l’actualité du mercato et les décisions de la DNCG ou de l’UEFA
- Capitaliser sur les polémiques passées pour fidéliser une audience qui apprécie le franc-parler, même quand il dérape
Favard a revendiqué toute sa vie ce positionnement : « Dans ma vie, j’ai toujours été clivant, je vis avec ça depuis longtemps. » Que l’on considère son parcours comme celui d’un homme de réseau talentueux ou comme celui d’un électron libre aux méthodes discutables, sa trajectoire reste sans équivalent dans le paysage médiatique du football français. Le personnage ne laisse personne indifférent, et c’est probablement la seule constante de toute sa carrière.